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Les décisions de la Commission de contrôle des pistolets de 1899

 

Ensuite de l’étude minutieuse et approfondie des divers types de pistolets présentés, la commission prit des décisions de principe ci-après:

  • L’arme doit être entièrement automatique (le système Roth n’est que semi-automatique, c’est-à-dire qu’avec cette arme le tireur doit armer lui-même le chien avant chaque coup).
  • Le poids de l’arme ne doit pas dépasser 1000 grammes.
  • Le calibre doit être de 7.5 à 7.65 mm.
  • La longueur ne doit pas dépasser 275 mm.
  • Le poids de la balle doit être au minimum de 5.5 gr.
  • Le nombre des cartouches du magasin doit être de 8 à 10.
  • Le recul doit être aussi restreint que possible.

Après constatation des résultats obtenus par les divers systèmes, il fut décidé ce qui suit:

  • Des essais seront continués en premier lieu avec le Borchardt Luger, en second lieu avec le Mann licher;
  • Les autres systèmes sont éliminés; les raisons de leur élimination seront communiquées aux inventeurs;
  • M. le professeur Amer et la fabrique d’arme sont chargés d’étudier d’une manière encore plus détaillée et spécialement au point de vue de leur construction les deux armes qui restent en présence;
  • La section technique fera procéder, par ses divers organes, à des essais relatifs à la précision, à la vitesse initiale, à la pénétration, etc.;
  • 5° La commission sera convoquée à nouveau pour prendre connaissance de l’étude et des essais prévus sous chiffres 3 et 4.

Le 1er mai 1899, la commission se réunissait de nouveau à Thoune pour y procéder aux-dits essais avec les deux pistolets restant en présence.

Depuis la dernière réunion, deux offres nouvelles étaient parvenues, l’une de Hauff à Berlin, l’autre de la Fabrique nationale d’armes de guerre à Herstal, Belgique (système Browning). Ces deux offres ne sont pas prises en considération, la première de ces armes étant encore dans une période d’étude, la culasse de la seconde n’étant pas accouplée au canon.

La commission décide de procéder avec les deux armes aux mêmes essais que dans la réunion de novembre 1898, avec les modifications et adjonctions suivantes:

  • Essais de durée, 500 coups (au lieu de 400).
  • Abandon de l’essai avec l’huile rance.
  • Tir avec des douilles entaillées.
  • Essai de pénétration contre le sapin et le hêtre.

Il nous paraît intéressant de donner quelques indications sur les résultats comparatifs obtenus par les deux armes.

Tir de vitesse (exécuté par M. Luger). Borchardt Luger: 48 coups en 28 secondes, soit 103 coups en 1 minute. (Aucun dérangement dans le mécanisme, extraction des douilles très régulière).

Mannlicher: 48 coups en 49 secondes, soit 59 coups en une minute. (Extraction très irrégulière, en avant, en arrière, de côté, douilles et armes fortement noircies).

Essais de précision à 50 m tiré par M. le lieutenant-colonel Brunner:

 

Borchardt-Luger 1882 Revolver Mannlicher
50% de dispersion en hauteur 4.17 6.5 8.0
latérale 2.8 3.0 6.3
rayon 5.3 8.0 11.7

 

Essais de durée: 500 coups tirés par les membres de la commission. Aucun nettoyage pendant la durée de tir.

Borchardt-Luger: après les 500 coups, larme fonctionne comme au début, la précision na pas changé. Encrassement très restreint, presque nul. La culasse na pas été repoussée deux fois en avant. Aucune observation sur la munition.

Mannlicher: D’abord deux arrêts dans la charge par suite de deux cartouches ayant chevauché lune sur l’autre. Après 175 coups, le pistolet ne fonctionne plus; il doit être démonté. De nouveau, deux douilles ne se sont pas extraites. Extractions très irrégulières. Un très fort encrassement. Le pistolet n’est pas bien en main.

  • Essais de tir avec charge réduite. 15 coups avec charge réduite de 10% puis 47 coups avec réduction de 20 %. Fonctionnement normal des deux armes.
  • Essais avec les parties de la culasse non graissée. 32 coups, fonctionnement normal.
  • Essais avec douilles entaillées. Douilles limées en long, en travers et obliquement. Le Borchardt-Luger fonctionne normalement. Pour le Mannlicher. deux fois sur six coups, la culasse ne s’ouvre pas, une douille est fendue.
  • Essai avec sable et eau. 16 coups sont tirés avec l’arme fortement saupoudrée de poussière de route. Une deuxième série de 16 coups est tirée l’arme arrosée d’eau par-dessus la poussière. Fonctionnement normal des deux armes.
  • Essais de pénétration. Tir à une distance de 10 mètres d’abord contre les plaques de tôle de fer de 0.8 à 0.9 mm, puis ensuite contre des planches de sapin et de hêtre de 30 mm d’épaisseur. Dans tous ses essais, la pénétration du Borchardt-Luger se montre supérieure.
    Mesure de la vitesse initiale. Borchardt-Luger, moyenne 323,59 m ; Mannlicher. 290,56 m.

A la suite de ces essais, dans lesquels le Borchardt-Luger s’était montré supérieur sur tous les points au Mannlicher, la décision de la commission ne faisait plus de doute. Après une récapitulation très détaillée des avantages et inconvénients de chacune des deux armes. Elle décida à l’unanimité d’abandonner les essais avec le Mannlicher et de les continuer, et cela spécialement sur quelques points, avec le Borchardt-Luger. Afin de pouvoir procéder à ces nouveaux essais sur une échelle un peu plus grande, la commission, profitant du crédit mis à la disposition dans ce but, décida la commande de 20 pistolets ainsi que d’une certaine quantité de munitions. En outre, un certain nombre de désidérata, dans le détail desquels il serait trop long d’entrer, furent indiqués à l’inventeur.