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Borchardt-Luger: l'Histoire Parabellum Genesis
Borchardt-Luger number 6, Swiss trial 23 novembre, 1898,
et le 1 may 1899, Thun (en Suisse).
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Naissance et histoire du Parabellum 1898
Le pistolet Borchardt Luger qui illustre la couverture de ce catalogue
est sans conteste, une des deux pièces survivante des essais suisses du
23 novembre 1898 et du 1er mai 1899.
Il fut breveté en Suisse le 3octobre 1898, Pat. N° 17977, puis le
2janvier 1899, Pat. N° 18623, avant les essais finaux contre le
Mannlicherer mai 1899.
Pour comprendre l’évolution du pistolet Borchardt Luger, il faut se
reporter au début des tests en 1897 lors de la première présentation du
Borchardt devant la commission suisse; représenté par Georges Luger
lui-même, le B fut sévèrement contesté à cause de son poids excessif, de
son déséquilibre (centre de gravité) et surtout de son encombrement, ce
qui ne pouvait devenir une arme de guerre.
G. Luger l’a vite compris et dès son retour à Berlin, il se consacrera à
la transformation complète du pistolet qui deviendra plus tard le fameux
Borchardt Luger, une arme entièrement nouvelle.
Les grandes idées de Luger
Le génie de Lugera été de comprendre qu’il fallait tout d’abord, créer
une nouvelle cartouche, plus courte, pour pouvoir réorganiser l’arme,
afin de réduire avantageusement le poids et l’encombrement de celle-ci.
Ce
qu’il fit avec le concours de la DWM. Cette cartouche, fortement
inspirée de la 7.65 Borchardt, portera son nom, la 7.65 Luger.
Les
grandes idées de Luger furent:
- de placer le
ressort récupérateur dans la poignée.
- de provoquer l’ouverture de la genouillère d’une manière différente.
- de réorganiser la forme et la prise en main du pistolet.
Une
nouvelle arme allait naître.
La
gestation dura environ une année, le premier dessin du BL fut breveté le
3octobre 1898 en Suisse, Pat. N° 17977. Il ne servira en réalité qu’à
protéger le nouveau système de détente, la nouvelle disposition du
ressort dans la poignée ainsi que la liaison de celui-ci à la
genouillère, et enfin à la protection du système de sécurité automatique
dans la poignée.
Ce
brevet n’a été déposé qu’un mois et demi environ avant les essais du 23
novembre 1898, c’est-à-dire le 3 octobre 1898.
Le
dessin de ce brevet fait encore apparaître les rouleaux d’ouverture à
l’arrière de la genouillère, mais il ne révèle pas le tracé des rampes
d’ouverture (les oreilles arrière de la poignée) afin de ne pas dévoiler
le nouveau système d’ouverture de la genouillère. Et ainsi de garder
secret une partie importante de son invention et de ne pas éveiller les
soupçons de Borchardt, qui n’aurait sans doute pas manqué de faire
valoir ses droits sur cette nouvelle arme. A partir de cette époque
commencera la grande brouille entre H. Borchardt et G. Luger, qui les
mènera devant les tribunaux pour la possession de leurs brevets. Mais
ceci est une autre histoire.
Au
début des années 70 on connaissait peu de choses sur l’évolution du m/93
en Borchardt Luger, plu sieurs auteurs se sont penchés sur ce sujet mais
peu d’entre eux ont pu comprendre, car ils leur manquaient un maillon
important de l’évolution, les meilleures sources de détails sont sans
doute les archives fédérales de Berne et les rapports de la commission
d’essai de 1897 et 1898, ainsi que les plans des brevets déposés en 1898
et 1899.
Dans
son livre: Die Faustfeuerwaffen «, Eugène Heer 1 en fait état mais il na
pas compris évolution et a cherché à démontrer l’existence d’un
Borchardt amélioré sans doute à la vue des premiers dessins de brevet.
La même erreur fut faite par John Walther dans son livre Luger».
Qui crut en son temps à l’existence d’un modèle intermédiaire entre le
Versuchsmodelletle Versuchsmodel III (N° 5)?
Plusieurs livres ont été ainsi consacrés à l’étude des Borchardt et des
premiers Luger, mais aussi bon que soient leurs auteurs, ils furent
trompés par Luger lui-même.
La
plupart des auteurs, ne connaissant qu’une partie de la période de
transition, il leur suffisait simplement de savoir que le Borchardt
était devenu Borchardt Luger; mais les détails de cette transition
fascinent les historiens des armes à feu.
Ce
n’est que dans le dessin du brevet déposé en Suisse le 2janvier 1899
qu’apparaîtront les véritables traits du Borchardt-Luger destiné aux
essais de mai 1899.
Sur
ce plan, sont apparues les nouveautés, notamment les rampes d’ouverture
et surtout la disparition des rouleaux et du coursier arrière.
Si
l’on observe le dessin du brevet déposé aux USA le 19décembre 1899, qui
est un condensé des deux dessins des brevets suisse et allemand, on
retrouve des détails comme le bouton de blocage de la sécurité qui est
déjà de forme définitive, ainsi que la partie basse de la poignée, mais
qui, comme dans le premier brevet suisse, laisse bien apparaître les
rouleaux d’ouverture encore protégés aux USA par les brevets de
Borchardt. Tous ces éléments nous confirment bien que G. Lugera étendu
la protection de ses inventions jusqu’au dernier moment.
Le catalogue "Der Eidg. Waffensammlung" (de Berne)
En étudiant le texte du catalogue «Eidg. Waffensammlung imprimé à Berne en
juillet 1898, on peut comprendre aisément, que toutes les références
notées avec descriptifs en caractère d’imprimerie sont antérieures à
juillet 1898; les références suivantes, à partir du N° 525 du catalogue
sont enregistrées à la plume. Le N° 526 concerne le Borchardt Luger N°
5. On y constate que toutes les comparaisons se réfèrent au m/93 N° 524
qui est le Borchardt N° 95.
On
observe au paragraphe N° 2, la disparition du rouleau d’ouverture. Au
paragraphe N° 3, la disparition de la sûreté mécanique. Au paragraphe N°
4, l’apparition de la pédale de sécurité automatique. Au paragraphe N°
5, l’apparition de l’arrêtoir de culasse, etc. Ce qui prouve bien que
Berne n’a pas réceptionné de modèle intermédiaire entre le m/93 et le
Versuchsmodel III. Si des prototypes ont été construits, ce ne peut être
qu’en usine, et en temps que pièces d’atelier. Mais à notre avis, ils
n’ont existés que sur plan. Deux pistolets servirent aux essais de
novembre 1898.
Les
archives précisent que l’ingénieur Luger est venu avec deux pistolets,
un modèle à canon long et un exemplaire à canon court, munis d’une
crosse d’épaule. Les deux armes avaient respectivement 272 et 257 mm de
longueur totale, la longueur des canons était de 157 et 142 mm. Leur
numéro de fabrication est 5 et 6.
A la
fin des essais, Luger repris un des deux pistolets; il laissa le N° 5 à
la disposition de la commission. Les modifications apportées au pistolet
N° 6 et aux suivants de cette petite série, seront exécutées suivant les
conclusions de la commission, sur des points précis 10 réduction des
canons à 120 mm ; 2° le poids ne devra pas excéder 1000 grammes. L’arme
devra donc être allégée.
Le 2 mai 1899
Les
archives précisent que l’ingénieur Luger a représenté deux nouveaux
pistolets, qui n'ont de différences que de 13 mm dans la longueur des
canons, on peut donc en déduire que l’un faisait 120 mm et l’autre 133
mm, les archives précisent aussi que les deux armes pesaient
respectivement et comparativement au N° 5: 90 et 77 grammes de moins que
celui-ci. Les essais eurent lieu avec les trois armes : le pistolet 1
avec les munitions A, les pistolets 2 et 3 avec les munitions B.
Conclusion: G. Luger est revenu avec les pistolets N° 6 et 7.
Peut-on supposer l’existence d’un ou deux autres pistolets servant de
mulet ? Il est permis de le penser mais aucune partie des archives ne le
prouve. Quoi qu’il en soit, seulement 9 prototypes semblent avoir été
fabriqués en 1898.
A ce
jour, seulement deux exemplaires sont survivants. La pièce suivante dont
nous avons retrouvé la trace, porte le N° 10 et a servi à des essais de
munition à Thoune. Elle possède le levier de blocage de sécurité
définitif et est de ce fait un modèle 1899 qui fait partie des 20 pièces
commandées au terme des essais et qui seront livrées en octobre et
novembre 1899.
Le
modèle 1899 est représenté par le brevet N°21959 du 5 mai 1900.
Historique du Parabellum modèle 1899 (Selon la Revue militaire
suisse de 1900)
Le
gros revolver, modèle 1878, n'étant plus fabriqué, la question se pose
et doit être résolue sans retard: nos officiers montés doivent-ils être
armés du revolver petit calibre, modèle 1882, ou bien d’un pistolet
automatique? Pour un officier monté, le pistolet automatique présente,
vis-à-vis du revolver, l’avantage incontestable de pouvoir être manié
d’une seule main par le fait du chargement et de l’extraction
automatique. Une commission fut nommée pour l’étude des pistolets alors
connus. Elle se composait de: MM. le colonel Von Orelli, chef de la
section technique de l’Administration du matériel de guerre fédéral; le
colonel Von Mechel; le professeur Dr Amsler-Laffon; le colonel Rubin,
directeur de la fabrique fédérale de munitions; le major Von Stürler,
directeur de la fabrique fédérale d'armes; Schenker, chef du contrôle
fédéral de la munition; le capitaine Korrodi, adjoint de la section
technique.
Cette commission procéda en juin 1897, à Thoune, à des essais de tir
avec 4 systèmes différents de pistolets: Mauser, Borchardt, Bergmann et
Mannlicher, les trois premiers présentés par des maisons allemandes, le
dernier par le célèbre inventeur de Vienne.
Un rapport très complet et très intéressant sur ces essais fut rédigé au
mois d’octobre par M. le colonel von Mechel et M. le professeur Amsler.
Ce mémoire, auquel la compétence de ses auteurs donne une grande valeur,
fait ressortir avec beau coup d’impartialité les avantages et les
inconvénients des divers systèmes alors en présence.
Tenant compte des objections faites à leurs divers systèmes, les
inventeurs cherchèrent à perfectionner leurs armes ; les uns se
bornèrent à des modifications de détails, d’autres établirent des types
entièrement nouveaux. Les travaux ayant durés à peu près une année, les
représentants des diverses fabriques furent invités à se présenter à
Thoune le 23 novembre 1898 pour y exposer, devant la commission, les
transformations et perfectionnements apportés à leurs armes et pour y
procéder à de nouveaux essais.
Le
département militaire fédéral, voyant l’importance que prenait cette
question, décida d’adjoindre aux membres déjà cités de la commission,
quelques représentants des différentes armes. Il désigna dans ce but:
MM. le colonel Wildbolz, comme représentant de la cavalerie; le
lieutenant-colonel Chauvet, comme représentant de l’artillerie; le
lieutenant-colonel Brunner, comme représentant de l’état-major; le major
de Meuron, comme représentant de l’infanterie.
Cinq systèmes étaient en présence, à savoir:
- Mauser, fabriqué
par la Maison Mauser, à Oberdorf (Oberdorf Wurtemberg) et représenté
par M. Paul Mauser, ingénieur.
-
Bergmann, fabriqué
à Suhl et présenté par M. le colonel Gressly.
-
Borchardt-Luger,
fabriqué par la fabrique allemande d’armes et de munitions à Berlin,
présenté par M. Luger, ingénieur.
-
Mannlicher, 1er
modèle, fabriqué par la Société industrielle suisse de Neuhausen et
présenté par M. Fret directeur de ladite société. Mannlicher, second
modèle, fabriqué et présenté par l’inventeur, M. Mannlicher.
-
Roth, fabriqué par
la Maison G. Roth, à Vienne, présenté par M. Roth fils.
Les
essais eurent lieu d’après le programme suivant:
-
Description des
pistolets, démontage et remontage par les inventeurs ou leurs
représentants.
-
Feu de vitesse.
Pour chaque modèle de pistolets, deux séries de 50 coups, chacune
tirée par les inventeurs.
-
Essais de
précision. Trois séries de 30 coups chacune tirée à 50 m avec l’arme
appuyée par un employé du contrôle des armes.
-
Essais de durée.
400 coups avec la même arme sans la nettoyer ni la rafraîchir, tirés
en partie par les inventeurs, en partie par les membres de la
commission.
-
Essais du
fonctionnement de l’arme avec charge de poudre augmentée ou diminuée,
avec les parties de la culasse entièrement sèches (non graissées) et
graissées ensuite avec de l’huile rance et durcie.
-
Essais de
poussière et d'eau. 50 à 100 coups à tirer, l’arme ayant été
préalablement saupoudrée de poussière de route et ensuite arrosée
d’eau.
-
Essais de
pénétration. Trois coups à 10 mètres contre une série de plaques de
tôle de fer de 0,8 mm d’épaisseur.
-
Mesures de la
vitesse initiale; 5 coups par arme.
Les
essais durèrent trois jours. Après exécution de l’un des points du
programme avec l’un des systèmes, les membres de la commission faisaient
part de leurs observations personnelles qui étaient discutées et, cas
échéant, consignées au procès-verbal.
Afin
de pouvoir établir d’une manière aussi exacte que possible la
comparaison entre les résultats obtenus par les cinq armes essayées, la
commission décida l’emploi de notes (de 1 à 4) attribuées à chaque arme
pour les différents points suivants:
-
Avantages ou
désavantages du principe même de construction de l’arme.
-
Solidité.
-
Poids.
-
Dimensions.
-
Forme de l’arme et
tenant compte:
a) de la facilité de la porter;
b) de la manière dont elle se tient dans la main.
-
Fermeture contre
la poussière et l’humidité.
-
Fonctionnement de
l’arme:
a) dans des conditions normales ;
b) l’arme non graissée;
c) l’arme graissée avec de l’huile rance;
d) l’arme saupoudrée de poussière et arrosée d’eau;
e) avec des cartouches à charge réduite.
-
Avantages ou
désavantages:
a) de la charge du magasin;
b) de la charge coup par coup;
c) du déchargement de l’arme.
-
Position de la
culasse (ouverte ou fermée) lorsque le magasin est vide.
-
Armement
automatique du chien.
-
Système de sûreté.
-
Vitesse du tir.
-
a) Facilité de
viser et qualité de la détente;
b) précision ;
c) recul.
-
Pénétration.
-
Démontage et
remontage de larme.
-
Nettoyage de
l’arme.
-
Système de
chargeur.
Pour
les rubriques les plus importantes, la note donnée était en outre
multipliée par un coefficient allant de 1 à 3.
Ce
fut le pistolet Borchardt-Luger qui obtint le plus grand nombre de
points et sortit premier avec une avance assez considérable sur ses
concurrents, classés dans l’ordre suivant:
-
Borchardt-Luger
-
Roth
-
Mannlicher
-
Bergmann, Mauser
Ensuite de l’étude minutieuse et approfondie des divers types de
pistolets présentés, la commission prit des décisions de principe
ci-après:
-
L’arme doit être
entièrement automatique (le système Roth n’est que semi-automatique,
c’est-à-dire qu’avec cette arme le tireur doit armer lui-même le chien
avant chaque coup).
-
Le poids de l’arme
ne doit pas dépasser 1000 grammes.
-
Le calibre doit
être de 7.5 à 7.65 mm.
-
La longueur ne
doit pas dépasser 275 mm.
-
Le poids de la
balle doit être au minimum de 5.5 gr.
-
Le nombre des
cartouches du magasin doit être de 8 à 10.
-
Le recul doit être
aussi restreint que possible.
Après constatation des résultats obtenus par les divers systèmes, il fut
décidé ce qui suit:
-
Des essais seront
continués en premier lieu avec le Borchardt Luger, en second lieu avec
le Mann licher;
-
Les autres
systèmes sont éliminés; les raisons de leur élimination seront
communiquées aux inventeurs;
-
M. le professeur
Amer et la fabrique d’arme sont chargés d’étudier d’une manière encore
plus détaillée et spécialement au point de vue de leur construction
les deux armes qui restent en présence;
-
La section
technique fera procéder, par ses divers organes, à des essais relatifs
à la précision, à la vitesse initiale, à la pénétration, etc.;
-
5° La commission
sera convoquée à nouveau pour prendre connaissance de l’étude et des
essais prévus sous chiffres 3 et 4.
Le
1er mai 1899, la commission se réunissait de nouveau à Thoune pour y
procéder aux-dits essais avec les deux pistolets restant en présence.
Depuis la dernière réunion, deux offres nouvelles étaient parvenues,
l’une de Hauff à Berlin, l’autre de la Fabrique nationale d’armes de
guerre à Herstal, Belgique (système Browning). Ces deux offres ne sont
pas prises en considération, la première de ces armes étant encore dans
une période d’étude, la culasse de la seconde n’étant pas accouplée au
canon.
La
commission décide de procéder avec les deux armes aux mêmes essais que
dans la réunion de novembre 1898, avec les modifications et adjonctions
suivantes:
-
Essais de durée,
500 coups (au lieu de 400).
-
Abandon de l’essai
avec l’huile rance.
-
Tir avec des
douilles entaillées.
-
Essai de
pénétration contre le sapin et le hêtre.
Il
nous paraît intéressant de donner quelques indications sur les résultats
comparatifs obtenus par les deux armes.
Tir de vitesse (exécuté par M. Luger). Borchardt Luger: 48 coups en 28
secondes, soit 103 coups en 1 minute. (Aucun dérangement dans le
mécanisme, extraction des douilles très régulière).
Mannlicher: 48 coups en 49 secondes, soit 59 coups en une minute.
(Extraction très irrégulière, en avant, en arrière, de côté, douilles et
armes fortement noircies).
Essais de précision à 50 m tiré par M. le lieutenant-colonel Brunner:
|
|
|
Borchardt-Luger |
1882 Revolver |
Mannlicher |
|
50% de dispersion |
en hauteur |
4.17 |
6.5 |
8.0 |
|
|
latérale |
2.8 |
3.0 |
6.3 |
|
|
rayon |
5.3 |
8.0 |
11.7 |
Essais de durée. 500 coups tirés par les membres de la commission. Aucun
nettoyage pendant la durée de tir.
Borchardt-Luger
après les 500 coups, larme fonctionne comme au début, la précision na
pas changé. Encrassement très restreint, presque nul. La culasse na pas
été repoussée deux fois en avant. Aucune observation sur la munition.
Mannlicher
D’abord deux arrêts dans la charge par suite de deux cartouches ayant
chevauché lune sur l’autre. Après 175 coups, le pistolet ne fonctionne
plus; il doit être démonté. De nouveau, deux douilles ne se sont pas
extraites. Extractions très irrégulières. Un très fort encrassement. Le
pistolet n’est pas bien en main.
-
Essais de tir avec
charge réduite. 15 coups avec charge réduite de 10% puis 47 coups avec
réduction de 20 %. Fonctionnement normal des deux armes.
-
Essais avec les
parties de la culasse non graissée. 32 coups, fonctionnement normal.
-
Essais avec
douilles entaillées. Douilles limées en long, en travers et
obliquement. Le Borchardt-Luger fonctionne normalement. Pour le
Mannlicher. deux fois sur six coups, la culasse ne s’ouvre pas, une
douille est fendue.
-
Essai avec sable
et eau. 16 coups sont tirés avec l’arme fortement saupoudrée de
poussière de route. Une deuxième série de 16 coups est tirée l’arme
arrosée d’eau par-dessus la poussière. Fonctionnement normal des deux
armes.
-
Essais de
pénétration. Tir à une distance de 10 mètres d’abord contre les
plaques de tôle de fer de 0.8 à 0.9 mm, puis ensuite contre des
planches de sapin et de hêtre de 30 mm d’épaisseur. Dans tous ses
essais, la pénétration du Borchardt-Luger se montre supérieure.
Mesure de la vitesse initiale. Borchardt-Luger, moyenne 323,59 m ;
Mannlicher. 290,56 m.
A la suite de ces
essais, dans lesquels le Borchardt-Luger s’était montré supérieur sur
tous les points au Mannlicher, la décision de la commission ne faisait
plus de doute. Après une récapitulation très détaillée des avantages
et inconvénients de chacune des deux armes. Elle décida à l’unanimité
d’abandonner les essais avec le Mannlicher et de les continuer, et
cela spécialement sur quelques points, avec le Borchardt-Luger. Afin
de pouvoir procéder à ces nouveaux essais sur une échelle un peu plus
grande, la commission, profitant du crédit mis à la disposition dans
ce but, décida la commande de 20 pistolets ainsi que d’une certaine
quantité de munitions. En outre, un certain nombre de désidérata, dans
le détail desquels il serait trop long d’entrer, furent indiqués à
l’inventeur.
Revue militaire suisse de 1901
Les 20 pistolets commandés furent livrés, ainsi que la munition, en
octobre et novembre 1899, par la Fabrique allemande d’armes et de
munitions de Berlin. Les modifications réclamées par la commission et
spécialement celle concernant l’adjonction d’une sûreté dite mécanique
avaient été conçues et exécutées, par les fabricants, d’une manière à la
fois simple, solide et pratique.
Conformément à la décision de la commission, ces armes furent mises en
essai, de novembre 1899 à mars 1900, dans les cours militaires et
sociétés de tir dont les noms suivent:
En 1899:
-
Cours de
mitrailleurs Il, à Berne.
-
Cours de tir
d’artillerie lb, à Thoune. En 1900.
-
Cours de tir
d’artillerie la et lb, à Thoune.
-
Ecole centrale la,
à Thoune.
-
Ecole de tir pour
officier I, à Wallenstadt.
-
Société de tir au
revolver de Berne.
-
Société militaire
de Bâle.
-
Société des
officiers de cavalerie de Bâle.
-
Société de tir au
revolver de Lausanne.
Tous les rapports faits à la suite de ces essais s’expriment d’une
manière très favorable sur la nouvelle arme et réclament son
introduction en remplacement du revolver.
A Lausanne, le comité de la Société de tir au revolver organisa pour le
dimanche 11 février au stand de la Pontaise, un tir auquel il invita des
représentants des principales sociétés de tir de la ville et un certain
nombre d’officiers des troupes montées. Après un bref exposé de la
question par le soussigné, quatre des meilleurs tireurs au revolver de
Lausanne, MM. F. Perrin, A. Mercier, C. Secretan et C. Troyen,
exécutèrent trois exercices à 50 mètres; le premier sur une cible en
carton et à mouche; le deuxième sur cible à points et le troisième un
tir de vitesse, sur une cible à points.
Les résultats furent excellents au double point de vue du fonctionnement
de l’arme et de la précision. Avec leurs propres revolvers, les quatre
tireurs, très exercés au maniement d’une arme qu’ils connaissaient à
fond, ne purent ni dépasser, ni même égaler les résultats obtenus avec
le pistolet Borchardt Luger qu’ils voyaient et employaient pour la
première fois de leur vie. La séance de tir fut suivie d’une
intéressante discussion dans laquelle tous les assistants, qui avaient
également eu l’occasion d’essayer la nouvelle arme, furent invités à
formuler leurs remarques et leurs critiques.
Ces dernières étaient portées spécialement sur des points de détail, et
comme appréciation générale, on fut unanime à déclarer que le
Borchardt-Luger remplissait toutes les conditions requises d’une bonne
arme de guerre et d’une bonne arme de stand. Les 2 et 3avril1900, la
commission se rassemblait une dernière fois, à Berne, pour liquider
quelques détails de construction, pour procéder à certains essais
spéciaux et enfin pour formuler ses propositions définitives. Nous
résumons brièvement les principales décisions prises: l’emploi de
cartouches d’exercices (cartouches à blanc) n’étant pas compatible avec
le système d’une arme automatique portative, on doit renoncer à les
utiliser.
Ensuite d’essais sur la manière la plus pratique de transporter les
magasins de réserve du pistolet, on est arrivé à la conclusion que
l’équipement de l’officier est déjà suffisamment lourd et qu’il est
impossible d’ajouter encore une cartouchière aux très nombreux objets
qui la composent. Les deux magasins de réserve seront donc portés soit
dans une poche du vêtement, soit dans le paquetage, sur le cheval.
L’arme doit être réglée pour une distance de but en blanc de 50 mètres.
A cette distance, le point touché doit se trouver à 20 centimètres plus
haut que le point visé, de manière à permettre le tir sur un visuel noir
de 40 centimètres de diamètre, soit sur la cible actuellement en usage
dans la plu part des tirs. Ensuite de cette décision, le guidon devra
être relevé d’environ 0.4 mm. La forme de la détente sera améliorée,
suivant un modèle et les indications de la Fabrique fédérale d’armes.
Il fut en outre procédé aux essais spéciaux suivants:
-
Comme on le verra
plus loin dans la description du fonctionnement du pistolet, tant que
l’arme est chargée, le percuteur reste toujours armé. Par un tir
exécuté avec six pistolets armés depuis une quinzaine de jours, l’on
put constater que la compression continue du ressort de percussion ne
présentait aucun inconvénient et que l’inflammation de la cartouche se
produisait régulièrement. L’inventeur affirme qu’il en serait de même
avec un pistolet armé depuis une année.
-
Suivant un voeu
exprimé par la Commission dans sa dernière réunion, la Fabrique
fédérale d’armes a fait suspendre à l’air libre depuis une quinzaine
de jours un pistolet Borchardt-Luger et un revolver modèle 82, exposés
ainsi à toutes les intempéries. Tous les deux jours, on a tiré avec
ces deux armes sans leur faire subir aucun nettoyage, ni graissage. Le
revolver fonctionne encore bien, quoiqu’il soit très fortement
rouillé; la porte de chargement» grippe» passablement. Le pistolet,
par contre, est beau coup moins attaqué par la rouille. Seul
l’intérieur du canon est sensiblement atteint, ce qui provient de la
composition spéciale du fulminate.
- Un tir de 20 cartouches démontre que tout le mécanisme fonctionne
remarquablement bien et que la dispersion des touchés est normale.
Pour compléter ces essais, on décide de déposer dans une écu rie à
chevaux les deux armes avec lesquelles on tirera tous les huit jours,
jusqu’à ce qu’on constate une diminution sensible de la précision.
-
Depuis la dernière
réunion de la commission, on a fait à Thoune des essais très complets
avec des cartouches dont toutes les parties (poudre, balle et douille)
ont été fabriquées exclusivement dans les ateliers fédéraux. M. le
directeur de la fabrique de munitions et M. le chef du contrôle de la
munition, qui ont dirigé ces essais, présentent un rapport d’où il
résulte qu’il est possible de fabriquer en Suisse une cartouche
remplissant absolument toutes les conditions demandées. Avant de
formuler ses propositions, la commission constate que ses membres sont
d’accord relativement à tous les détails de construction.
Les
avantages du pistolet automatique Borchardt-Luger sur le revolver sont
ensuite résumés comme suit:
-
Vitesse de tir
plus grande.
-
Extraction
automatique des douilles.
-
Charge plus rapide
et plus commode (avantage particulièrement important pour un officier
monté).
-
Possibilité
d’employer de la poudre à faible fumée.
-
Perte de gaz
absolument nulle.
-
Précision
supérieure.
-
Vitesse initiale
plus grande, trajectoire plus tendue et pénétration plus grande du
projectile.
-
Recul en réalité
plus fort, mais beaucoup moins sensible à cause de l’élasticité
intérieure de l’arme, de la plus grande surface reposant dans la paume
de la main et enfin par le fait du sens favorable dans lequel se
produit le recul (plan horizontal).
-
Encrassement de
l’arme beaucoup moindre; en conséquence, nettoyage de l’arme beaucoup
moins souvent nécessaire dans un stand (cet avantage sera certainement
bien accueilli des mal heureux tireurs au revolver qui dans les fêtes
de tir passent leurs journées à se noircir les mains en nettoyant leur
arme !).
-
Bonne forme de
l’arme qui est bien équilibrée et se tient très bien dans la main.
-
Guidon et encoche
de mire semblable à ceux du revolver; ligne de mire plus favorable par
le fait de sa plus grande longueur.
-
Bonne détente avec
cran d’arrêt.
-
Système de sûreté
bien compris et fonctionnant bien, absence d’un chien qui augmente les
chances de ratés.
-
Maniement de
l’arme plus commode, avec un peu de pratique.
-
Démontage,
remontage, nettoyage et entretien tout aussi simple que pour le
revolver.
-
Protection plus
favorable de l’arme contre la poussière et l’eau.
Le
seul inconvénient réel de l’arme réside dans le fait qu’on ne peut pas
distinguer à l’oeil si elle est armée ou non. Mais en campagne, on doit
admettre que le pistolet sera armé d’une manière permanente. Quant au
tir de stand, c’est précisément pour remédier à l’inconvénient cité
ci-dessus que la sûreté mécanique a été introduite en complément de la
sûreté automatique.
Il
n’est pas possible de faire entrer en ligne de compte ce seul
inconvénient si fortement compensé par des avantages aussi nombreux
qu’importants; l’augmentation de 80 à 90 grammes dans le poids de l’arme
(avec son magasin) peut être considérée comme d’une importance
secondaire.
"Etant donné les qualités indiscutables du modèle présenté, la Suisse
peut sans crainte et une fois de plus donner le signal du progrès dans
une question d’armement!".
Telles furent les conclusions de la commission.
Paul L. Regnier,
Lausanne Suisse
(C) Copyright La Tabatière, 1998
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